Le 3 juillet 2025, la DGCCRF a rendu publique une sanction de 40 millions d’euros visant les prix barrés et les promotions affichés sur le site français de Shein. Le montant est considérable, mais sa nature juridique est presque toujours mal rapportée : il ne s’agit ni d’une condamnation, ni d’un jugement. C’est une amende transactionnelle, proposée par l’administration et acceptée par l’entreprise, à l’issue d’une procédure de transaction validée par le parquet de Paris.
Article publié le 5 juillet 2025, entièrement revérifié et corrigé le 2 septembre 2026. La version d’origine parlait d’une « condamnation » et comportait un tableau d’amendes attribuées à d’autres enseignes : ces éléments n’ont pas pu être établis et ont été retirés. Le détail des corrections figure en fin d’article.
Plan de l'article
Ce que la DGCCRF a sanctionné, et sous quelle forme exactement #
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a annoncé la sanction le jeudi 3 juillet 2025. L’entreprise visée n’est pas « Shein » au sens de la marque, mais la société Infinite Styles Ecommerce Limited (ISEL), que la DGCCRF désigne comme le « vendeur des produits de marque SHEIN sur le site fr.shein.com ».
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Le point juridique n’est pas un détail de vocabulaire, car il change ce que la sanction signifie. Selon le communiqué de la DGCCRF, l’amende a été « proposée » avec « l’accord de la procureure de la République de Paris » et « à l’issue d’une procédure de transaction ». Autrement dit : aucun tribunal n’a jugé l’affaire, aucune peine n’a été prononcée par un juge, et l’entreprise n’a pas été « condamnée ». Elle a accepté une transaction qui met fin aux poursuites. La DGCCRF précise en revanche qu’il s’agit d’« un montant record pour ce type d’infraction » : le record porte sur cette catégorie de manquement, pas sur l’ensemble des sanctions prononcées en France.
Le reproche : des prix majorés avant la réduction
Il est reproché à l’entreprise de majorer « certains prix avant de leur appliquer une réduction », ou de ne pas avoir tenu compte « des promotions précédentes » au moment d’indiquer un prix de référence. « Ces pratiques de profusion de prix barrés et de promotions permanentes donnent ainsi au consommateur l’impression de réaliser de très bonnes affaires », écrit la DGCCRF.
Pour mesurer le phénomène, les enquêteurs ont relevé sur le site « les prix de plusieurs milliers de produits (prix de vente, prix barrés et pourcentage de réduction) » entre octobre 2022 et août 2023. Les proportions ci-dessous portent sur les annonces de réduction vérifiées pendant l’enquête : ce ne sont ni des parts de catalogue, ni des parts du chiffre d’affaires.
Résultat constaté sur une annonce de réduction
Part des annonces vérifiées
Aucune baisse de prix réelle
57 %
Baisse moins importante qu’annoncée
19 %
Augmentation de prix en réalité
11 %
Le groupe a fait valoir sa propre version, et il faut la présenter comme telle. Shein affirme avoir « mis en œuvre sans délai les actions correctives nécessaires, achevées dans un délai de deux mois » après avoir été notifié par la DGCCRF « en mars 2024 », et indique que « ces ajustements n’ont eu aucun impact sur les prix finaux proposés aux consommateurs ». Le groupe ajoute qu’ISEL prend « très au sérieux ses obligations légales et réglementaires en France ». De son côté, la DGCCRF fait savoir qu’elle « maintient sa vigilance sur l’évolution des pratiques constatées ». Ces déclarations sont celles des parties : elles ne constituent pas un constat vérifié par un tiers.
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Le second volet, presque toujours oublié : 1,098 million d’euros sur l’information environnementale #
Le dossier ne se limite pas aux prix barrés. En juillet 2025 également, la DGCCRF a indiqué avoir « prononcé une amende administrative de 1,098 million d’euros » à l’encontre de la même société, Infinite Styles Ecommerce Limited. Cette seconde sanction n’a pas la même nature que la première : c’est une amende administrative, prononcée directement par l’administration, sans passer par le parquet.
Le motif est beaucoup plus précis que les « allégations écologiques » dont on parle en général. Une enquête menée au cours de l’année 2023 a établi l’absence de l’information relative à la présence de microfibres plastiques dans les produits. Cette mention, « rejette des microfibres plastiques dans l’environnement lors du lavage », doit être mise à la disposition du consommateur dès lors que la proportion de fibres synthétiques du produit dépasse 50 % ; l’obligation s’applique depuis le 1er janvier 2023. L’amende a été calculée sur 732 produits pour lesquels l’information manquait.
Ce qui s’est passé après juillet 2025 #
Cet article a été écrit au lendemain de l’annonce. Deux séries de décisions publiques sont intervenues depuis, et elles changent l’échelle du dossier français.
- 1er septembre 2025 (décision rendue publique le 3 septembre) : la CNIL sanctionne Infinite Styles Services Co. Limited, la filiale irlandaise du groupe qui exploite shein.com pour le territoire européen, d’une amende de 150 millions d’euros pour le dépôt de traceurs (cookies) sans consentement, sur le fondement de l’article 82 de la loi Informatique et Libertés.
- Début juin 2026 : la DGCCRF annonce deux nouvelles amendes administratives, 5 764 500 euros contre Infinite Styles Ecommerce Co Limited (non-respect du droit de rétractation, informations manquantes sur la traçabilité et sur les microfibres plastiques) et 16 733 190 euros contre Infinite Styles Services Co Limited (confirmations de commande ne comportant pas les mentions obligatoires du code de la consommation).
Deux enseignements s’en dégagent. D’abord, le manquement sur l’information environnementale relevé en 2023 a été constaté « une nouvelle fois » lors de l’enquête de 2025 : ce n’est donc pas un incident isolé et refermé. Ensuite, le dossier français ne vise pas une société unique mais au moins deux entités distinctes du groupe, le vendeur des produits (ISEL) et l’exploitant du site (ISSL) : parler de « Shein » sans plus de précision efface cette distinction, qui est pourtant celle que retiennent les autorités.
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Ce qu’un acheteur peut en retenir #
Un prix barré n’est une bonne affaire que si le prix de référence a réellement été pratiqué. C’est exactement ce que l’enquête a mis en défaut. Trois réflexes, qui ne dépendent d’aucune promesse d’enseigne :
- Retenir le prix de vente réel d’un article avant une opération commerciale, plutôt que le pourcentage affiché à côté.
- Se méfier d’une remise permanente : une réduction qui ne s’arrête jamais n’est plus une réduction, c’est un prix.
- Signaler une pratique douteuse sur SignalConso, le service de signalement de la DGCCRF.
Ce que la version d’origine affirmait, et qui a été retiré #
Par souci de transparence, voici ce que la relecture du 2 septembre 2026 a supprimé, et pour quelle raison.
- Un tableau comparatif d’amendes attribuées à d’autres enseignes : 15 millions d’euros à Zara pour « publicité mensongère », 10 millions à H&M pour « réductions fausses », 5 millions à Primark pour « conditions de travail douteuses ». Aucune de ces sanctions n’a pu être retrouvée, ni chez la DGCCRF, ni dans la presse. Le tableau a été retiré en entier : on ne remplace pas des montants inventés par d’autres montants.
- Le mot « condamné » et l’idée d’un jugement : la mesure de juillet 2025 est une transaction acceptée, pas une décision de justice.
- Trois « initiatives » prêtées à Shein (optimisation de la production pour réduire les déchets, partenariats avec des organisations écologiques en vue de certifications, transparence accrue sur les matériaux). Rien de tel ne figure dans la déclaration du groupe, qui évoque seulement des « actions correctives » sans en détailler le contenu.
- Une série d’enseignes nommées et présentées comme « souvent critiquées pour leurs pratiques commerciales », sans qu’aucune source ne l’établisse, dont Camaïeu, placée en liquidation judiciaire dès septembre 2022 et qui n’exploitait plus de magasins à la date de cet article.
- La présentation de Veepee comme une « plateforme de seconde main » : Veepee est un site de ventes événementielles de déstockage, ce qui est une activité différente.
- Les projections sur d’autres marques qui « pourraient se retrouver sous le radar des régulateurs » et sur des réactions « d’influenceurs sur les réseaux sociaux » : aucune source ne les portait.
Sources vérifiées le 2 septembre 2026 : communiqués de la DGCCRF sur economie.gouv.fr pour les sanctions de juillet 2025 et de juin 2026 ; dépêche AFP du 3 juillet 2025 citant ce communiqué ; délibération de la CNIL du 1er septembre 2025, publiée sur cnil.fr le 3 septembre 2025.




